PAROLES DE LAUREATS
ETRE LU PAR DES ETRANGERS
Tout ceux qui écrivent le savent. L’idée qu’une personne que l’on ne connaît pas pénètre dans une librairie, dans une bibliothèque, et après avoir hésité longtemps – il y a tant de livres sur les rayonnages - arrête son choix sur un de ses textes, est un mystère qui ne perd jamais de son intensité. Etre lu en dehors de son entourage, voilà toute la différence. Il n’y a rien de plus désespérant pour un débutant qui a produit plusieurs manuscrits que de savoir que jamais cela ne s’est encore produit. Chaque fois, l’auteur en herbe doit faire la démarche vers l’autre. Tout l’inverse de cet anonymat désiré.
Dans mon histoire de romancier, le concours de la nouvelle de Brive, en me récompensant en l’année 1990, a marqué une étape. A cette époque, aucun de mes manuscrits n’avait encore été retenu par une maison d’édition parisienne. Or, voici que des personnes que je ne connaissais pas avaient apprécié un de mes textes. J’étais bouleversé. Je me souviens de la remise des prix au Teinchurier, à Brive. D’une certaine façon on me reconnaissait cet état d’artiste qu’ailleurs on me déniait. Est-ce un hasard, une coïncidence, si un an plus tard, le manuscrit de mon premier roman Les moissons délaissées était accepté aux éditions Robert Laffont ?
Jean-Guy Soumy